du 6 janvier 2017

LOUVIERS (EURE) :

Des écoliers normands testent le premier vélo-bus écolo.

FIGARO DEMAIN - Louviers, une collectivité normande au sud de Rouen, est la première en France à financer des cyclo-bus scolaires permettant à une trentaine d'enfants du primaire d'aller à l'école et d'en revenir en pédalant, sans polluer.


Le "S'cool Bus" testé à Rouen en 2015. Crédit photo : Charly TRIBALLEAU/AFP

 
Depuis la rentrée de janvier, une trentaine d'élèves de l'école Anatole France de Louviers, dans l'Eure, pédalent avec le sourire, malgré le froid mordant, pour se rendre à l'école à bord d'un singulier véhicule: le S'Cool Bus. Ce quadricycle, qui circule à environ 15 km/h, possède vitesses, marche-arrière et assistance électrique pour aider les pédaleurs. À son bord, neuf enfants équipés d'un casque de cycliste et d'un gilet fluo font équipe pour faire avancer la machine, sous l'œil vigilant d'un accompagnateur bénévole. Une première en France.

« L'idée de créer ces S'cool Bus est venue à un ami, Amaury Piquiot, lors d'un stage qu'il effectuait en 2011 au Pays-Bas pour son école de commerce, raconte Vincent Guezou, gérant-chauffeur de S'Cool Bus. Il avait alors croisé un de ces bus en rentrant chez lui ». Peu à peu, l'idée germe. Amaury Piquiot, épaulé d'une poignée d'amis, retourne aux Pays-Bas chercher un cyclo-bus et lance l'association S'Cool Bus en 2014.

Grâce au bouche-à-oreille, les bénévoles convainquent huit familles de Rouen de tester ce nouveau mode de ramassage scolaire gratuit - sans passer par la municipalité. « Conquis, ces parents ont ensuite écrit à la mairie pour l'exhorter à développer cette expérience qui apprend aux enfants à se déplacer en ville, à faire du sport, mais aussi l'esprit d'équipe », assure Vincent Guezou.

« Ils ont le sourire en arrivant »

Si la ville de Rouen a décidé de ne pas adhérer au projet, la Communauté d'agglomérations Seine-Eure (CASE), a elle été séduite: elle a passé un contrat de deux ans avec « S'Cool Bus » pour la ville de Louviers. « On a bénéficié d'un coup de projecteur médiatique pendant la COP21 », admet Vincent Guezou. L'association, devenue entreprise, rassemble aujourd'hui une vingtaine de membres, dont trois peuvent désormais se verser un SMIC tous les mois. Et le bus à pédales intéresse d'autres villes, notamment une commune près de Lyon.

De son côté, le directeur de l'école Anatole France (170 élèves), André Neveu, soutient à fond le projet: «Les enfants sont récupérés en bas de chez eux ; ils vont à l'école ensemble, tout le monde pédale, ils ont le sourire en arrivant». Pour lui, c'est un «moyen pédagogique de sensibiliser les plus jeunes sur l'impact des modes de transport classiques sur l'environnement. Et quand je vois les enfants qui ont de plus en plus d'asthme, qui sont de plus en plus souvent malades, le sport en plein air ne peut que faire du bien… Là, certes il fait froid pour pédaler, mais plus ils sont exposés au froid, plus ils sont résistants.» Question sécurité, les trois accompagnateurs suivent une formation en interne sur la maintenance du bus, la gestion des trajets et la maniabilité du bus. « Pour conduire, il faut aussi avoir le permis depuis deux ans et être titulaire du BAFA », ajoute Vincent Guezou, le gérant de S'Cool Bus.

André Neveu espère voir l'expérience s'étendre, mais rappelle qu'elle est pour l'instant organisée en dehors du temps de l'école: « l'Education nationale n'est pas engagée, ce qui demanderait toute une procédure, bien plus complexe ».

Anne-Laure FRÉMONT